2026, dépenses gelées, emplois sacrifiés

Il y a un an, dans cette tribune, nous appelions de nos vœux les décideurs politiques à soutenir l’industrie française en général, et notre marché en particulier, via la commande publique. Face à une volonté politique affichée d’en finir avec la délocalisation et le chômage, nous entamions l’année emplis d’espoir que les achats publics soient pleins de cohérence et de sens.

Quelle amertume de clôturer 2025 avec des annulations de commandes publiques en cascade, suite au décret Lecornu gelant les dépenses de communication des agences d’État.

La réflexion part d’un vœu pieux : celui de faire des économies et d’être un État « efficace ». Mais, comme bien souvent, la réponse est court-termiste et ne prend pas en compte le problème dans sa globalité. Derrière la réduction prévue des dépenses de communication de 20 % en 2026 par rapport à 2025 se cachent des annulations de commandes auprès d’entreprises françaises, et donc des salariés en insécurité. Les dépenses de communication des agences d’État sont réalisées à près de 50 % sur des postes à fort potentiel de création d’emplois.

Le budget de communication des agences d’État n’est pas constitué, comme dans le privé, d’achats de mots-clés sur Google. Selon la Cour des comptes, la majorité des dépenses concerne des prestations d’agences artistiques et de production de contenus, ainsi que la production et la fabrication de vidéos, de supports print, de PLV et d’objets média. Par ailleurs, 35 % à 50 % des dépenses concernent des campagnes d’intérêt général, de prévention ou de sensibilisation à la transition écologique.

Et cet appel à acheter moins ne s’accompagne d’aucune incitation à acheter mieux. Lorsque l’on parle de « 50 points », quels critères viennent spontanément à l’esprit ? Le prix, la valeur technique, la gestion des commandes… ou la RSE – c’est-à-dire l’ancrage local et l’impact environnemental ? Dans l’immense majorité des cas, c’est bien le prix qui l’emporte. Et lorsque la RSE ne pèse que « 10 points » dans l’évaluation, le résultat est sans surprise : la protection de la planète et des savoir-faire régionaux reste marginale dans la décision finale.

Et pourtant, nos emplettes sont nos emplois ! Si les collectivités locales, les régions, les ministères et les agences d’État acceptent la désindustrialisation et la paupérisation des territoires, ce n’est pas la rue que nous devrons traverser pour trouver un emploi, mais le continent.

Alors oui, bien sûr, l’État doit rationaliser ses achats. L’Inspection générale des finances estimait en 2025 à 5 milliards d’euros les économies potentielles, rien que pour les collectivités, via une meilleure professionnalisation des achats, pointant notamment le rôle des centrales d’achats. Mais le décret Lecornu vise à côté de l’objectif. Là où il faudrait inciter à la désintermédiation, à la montée en compétence des acheteurs publics et à des critères réellement orientés vers l’emploi local et la transition écologique, on choisit la solution la plus simple : acheter moins, et surtout moins cher.

Cette politique est une fausse économie. Elle fragilise des filières entières, détruit de l’emploi non délocalisable et affaiblit des entreprises qui font pourtant vivre nos territoires. À force de considérer la commande publique uniquement comme un coût à réduire, on oublie qu’elle est aussi – et surtout – un levier économique, social et industriel majeur.

La question n’est donc pas de savoir si l’État doit dépenser moins, mais comment il dépense. Car à la fin, ce ne sont pas des lignes budgétaires qui disparaissent, ce sont des emplois. Et ce que l’on sacrifie aujourd’hui au nom de l’« efficacité » risque de coûter bien plus cher demain, en chômage, en désindustrialisation et en dépendance économique. A bon entendeur…

Article écrit par :

Diane SCEMAMA

Co-fondatrice, Dream Act