Face à l’accélération des usages de l’IA, les acteurs de l’objet média commencent à revoir leurs méthodes de travail en profondeur. Automatisation des tâches, création de visuels, prospection commerciale, gestion des données : les applications se multiplient. L’entreprise lyonnaise Hall-ia, fondée par d’anciens professionnels du secteur, accompagne les revendeurs dans cette transition technologique avec une approche très opérationnelle.
Il y a deux ans, l’intelligence artificielle semblait réservée aux grandes entreprises de la tech ou aux directions innovation. Mais aujourd’hui, la donne est bien différente et dans l’univers de l’objet média, les lignes bougent rapidement ces derniers mois. Formation, automatisation des devis, création visuelle, prospection commerciale : les usages deviennent de plus en plus concrets. Et certains acteurs spécialisés émergent pour accompagner cette transition. C’est le cas de Hall-ia, jeune structure créée à Lyon par d’anciens professionnels de l’objet média, avec l’idée d’adapter l’IA aux réalités quotidiennes des revendeurs. « Notre force, c’est qu’on connaît le métier, résume Nathaniel Penya, chargé de projet chez Hall-ia et ancien responsable import chez un fournisseur du secteur. On sait quelles sont les tâches chronophages, les problématiques commerciales et les contraintes des équipes. »
Quotidien des revendeurs
À l’origine, Hall-ia développait surtout des CRM automatisés et des solutions métiers classiques. Mais très vite, l’entreprise a intégré des briques d’intelligence artificielle à ses outils. Le constat de départ est que dans la plupart des entreprises de l’objet média, les équipes passent encore énormément de temps sur des tâches répétitives à faible valeur ajoutée. « Un commercial perd du temps sur la création des devis, l’envoi et les relances. Un service comptable perd du temps sur les retards de paiement. Les équipes marketing passent des heures sur du contenu ou des visuels… Notre idée, ce n’est pas de remplacer les gens. C’est de leur faire gagner du temps », martèle le responsable. Pour lui, l’IA doit avant tout devenir un assistant opérationnel.
Ce constat a poussé Hall-ia à développer un important pôle formation. L’entreprise propose des sessions sur-mesure, exclusivement en présentiel, avec une approche éloignée des conférences théoriques sur l’IA. Avant chaque intervention, les formateurs échangent longuement avec la direction afin d’analyser l’organisation de l’entreprise, les processus internes et les points de friction. « On ne vient pas raconter l’histoire de l’intelligence artificielle pendant trois heures. Dès le début, on travaille sur des cas pratiques liés au métier », pointe Nathaniel Penya. L’objectif est de rendre les équipes immédiatement autonomes. Chaque formation est adaptée à la structure de l’entreprise, qu’il s’agisse d’une petite agence de cinq personnes ou d’un groupe plus structuré avec plusieurs pôles spécialisés. « L’idée est que les collaborateurs changent leur façon de travailler dès le lendemain matin. »
Phase d’acculturation
Selon Hall-ia, le marché de l’objet média reste encore au début de sa transformation IA. Beaucoup d’entreprises utilisent déjà ponctuellement des outils génératifs, mais sans réelle stratégie ni compréhension approfondie des possibilités offertes. « Aujourd’hui, beaucoup de dirigeants utilisent ChatGPT de manière conversationnelle et cela s’arrête là. Ils ne se rendent pas encore compte de la puissance des automatisations possibles. » Nathaniel Penya constate néanmoins une accélération très nette depuis quelques mois, arguant que « les entreprises comprennent qu’il ne faut pas rater le train. » L’émergence d’outils comme la dernière version de Claude ou les assistants IA connectés aux logiciels collaboratifs accélère encore cette prise de conscience. « Les IA deviennent de véritables assistants capables d’interagir avec Outlook, Excel, PowerPoint ou des CRM. Mais encore faut-il savoir les utiliser correctement », rappelle Nathaniel Penya.
Parmi les principaux sujets de préoccupation des entreprises figure la protection des données. Hall-ia consacre donc une partie importante de ses formations aux enjeux RGPD et aux bonnes pratiques d’utilisation des IA génératives. « Beaucoup d’employés utilisent l’IA sans encadrement. Certains copient des fichiers clients entiers dans ChatGPT sans mesurer les risques », met en garde le chargé de projet. Hall-ia accompagne donc ses clients dans la mise en place de règles d’usage et de sécurisation des données sensibles, avec pour objectif que les équipes deviennent autonomes tout en comprenant les limites et les précautions nécessaires.
Partenariat avec European Sourcing
L’entreprise développe également ses propres outils dédiés à l’objet média. Parmi eux, Hall Studio, un générateur d’images pensé spécifiquement pour les besoins des revendeurs. L’objectif est de faciliter la création de visuels produits destinés aux devis et présentations commerciales. Présenté lors du dernier salon CTCO, Hall Studio a rapidement attiré l’attention du marché et conduit à un partenariat stratégique entre Hall-ia et European Sourcing. Aujourd’hui, l’outil est directement intégré à l’écosystème de la plateforme agenaise afin de permettre aux revendeurs de créer rapidement des mises en situation visuelles adaptées à leurs clients.
Hall-ia travaille aussi sur des outils d’acquisition commerciale automatisée. L’idée : utiliser les algorithmes publicitaires et l’IA pour générer des leads qualifiés directement exploitables par les commerciaux. L’entreprise crée des campagnes ciblées sur les réseaux sociaux, collecte les demandes entrantes et automatise une partie de la qualification des prospects. « L’IA peut aider à faire venir le prospect, mais ensuite il faut toujours un bon commercial », affirme Nathaniel Penya. Cette phrase résume finalement assez bien la philosophie de Hall-ia : utiliser la technologie pour augmenter les équipes plutôt que les remplacer. Pour le responsable, le débat n’est plus technologique, mais organisationnel. « La question aujourd’hui, ce n’est plus de savoir si l’IA va arriver dans les entreprises. Elle est déjà là. La vraie question, c’est comment les équipes vont-elles apprendre à travailler avec elle ? »



