Dans un marché de l’objet média en pleine consolidation, le rapprochement entre Akashi et Chili Concept ne relève pas d’une simple logique de taille, mais d’une vision stratégique partagée. Complémentarité des gammes, montée en expertise digitale, renforcement des outils, ambition européenne : Mathieu Audet, directeur commercial d’Akashi, et Frédéric Rousson, à la tête de Chili, reviennent, dans une interview croisée, sur la genèse, les enjeux et les perspectives d’un rapprochement pensé pour « grandir plutôt que grossir ».
Ces derniers mois, les rapprochements se multiplient sur le marché de l’objet média. Quelles ont été les motivations et la genèse de celui entre Akashi et Chili ?
Mathieu Audet : J’ai travaillé au Moyen-Orient il y a une dizaine d’années et, avec Frédéric, nous avions les mêmes distributeurs sur place. Le hasard faisant souvent bien les choses, on s’est retrouvés à table il y a quelques années. On a commencé à échanger sur nos expériences, nos batailles respectives… et très vite, le lien s’est créé. Rapidement, il est apparu une vraie compatibilité : au niveau des équipes, des produits, des ambitions. Il y avait un terrain très fertile sur lequel les graines d’Akashi et Chili pourraient pousser.
Frédéric Rousson : Il y avait aussi trois éléments structurants. D’abord, la réalité économique du marché. Les frais fixes ont dramatiquement augmenté ces dernières années. Avant, la barrière à l’entrée était très basse : on faisait un salon, on rendait visite à quelques clients, et ça suffisait. Aujourd’hui, il faut être présent sur tous les salons majeurs, faire partie des roadshows, organiser des JPO, disposer d’une force commerciale très active et d’un budget d’échantillonnage conséquent, etc. Si on ne respecte pas ces règles du jeu, on a beaucoup de mal à exister. Quand on additionne le chiffre d’affaires de Chili et celui d’Akashi, il y avait une logique évidente à amortir ces frais fixes sur deux gammes plutôt qu’une seule.
Où se situe votre complémentarité, très concrètement ?
Frédéric Rousson : Elle est multiple. D’abord humaine : si au premier rendez-vous, il n’y a pas ce petit feeling, généralement ça s’arrête là. Ensuite, elle est métier. L’électronique est devenue un métier de spécialiste. Entre la connaissance des composants, la gestion des batteries lithium, les contraintes logistiques, les normes… c’est très exigeant. Il faut consolider des volumes importants et maîtriser toute la chaîne. Nos positionnements produits sont proches, entre la fonctionnalité et la durabilité. Je dirais que Chili est peut-être un peu plus design et qu’Akashi a un pied très fort dans le retail. Mais on parle le même langage produit.
Mathieu Audet : Il existe aussi une question d’ambition. Le marché est en forte consolidation. Si on veut exister, on doit grandir. Pas forcément grossir, mais grandir. Chez Akashi, nous sommes devenus un spécialiste tech reconnu, mais on atteignait une certaine limite de gamme. Chez Chili, il y avait une richesse produits incroyable, mais un besoin d’outils web, de force commerciale et de capacité de stockage. Le match est presque parfait : Akashi apporte son savoir-faire de stockiste orienté retail, Chili apporte une expertise en création de gamme, en suivi produits et en gestion de l’empreinte carbone.
Qu’est-ce que cette opération va changer pour les revendeurs ?
Mathieu Audet : Concrètement, tout va passer par Akashi Gift. C’est un énorme chantier d’intégration web, parce que, bien entendu, nos outils ne communiquaient pas entre eux. L’objectif est simple : offrir un point d’entrée unique pour les revendeurs, proposant l’ensemble des offres Akashi et Chili, afin de garantir une meilleure lisibilité et une expérience ultra fluide.
Frédéric Rousson : Chili continue d’exister comme marque. Le siège est toujours à Hong Kong, et je reste basé là-bas. En revanche, en France, Belgique, Suisse et au Luxembourg, Chili passe désormais sous la direction d’Akashi. À terme, notre ambition est européenne. Nous avons déjà des partenaires en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne et en Italie. L’idée est d’amener les gammes Akashi et Chili chez l’ensemble de nos partenaires pays, avec une approche homogène et structurée.
Comment vos clients ont-ils accueilli cette annonce ?
Mathieu Audet : Très bien, vraiment. Les premiers retours sont excellents. Les clients ont immédiatement compris le sens du rapprochement, la cohérence produits et la montée en puissance que cela permet.
Frédéric Rousson : Lors du lancement officiel sur CTCO 2026, beaucoup de clients nous ont dit : « ça a beaucoup de sens ». Ils ont tout de suite vu l’intérêt, avec des produits Chili disponibles sur stock en Europe, un outil informatique plus robuste et une complémentarité de gamme évidente. Et surtout, nous partageons une même vision, avec l’idée de proposer des objets réellement différenciants. Les produits Chili sont développés à 99 % sur nos propres outillages et c’est aussi largement le cas chez Akashi. On veut être multi-spécialistes, pas un généraliste de plus.
Et en interne, comment vos équipes vivent-elles ce rapprochement ?
Mathieu Audet : Tout le monde est ravi. Évidemment, c’est un challenge organisationnel et une charge de travail importante, notamment sur les outils et les processus. Mais les équipes sont motivées ! Pour nos forces commerciales, il s’agit d’un énorme plus, avec une gamme qui se démultiplie. Une fois que tout sera structuré, nous serons prêts à monter très vite en capacité.
Frédéric Rousson : Nous sommes déjà très opérationnels sur la formation produits, le back-office et les présentations de gamme. Il reste surtout la finalisation complète de l’intégration web. D’ici mi-mars, tout sera parfaitement fluide (NDLR : l’interview a été réalisée le 2 mars).
Comment voyez-vous l’avenir de cette collaboration ?
Frédéric Rousson : Nous avons des ambitions claires. Notre objectif est de doubler, voire tripler le chiffre d’affaires consolidé dans les trois à cinq ans. Mais au-delà des chiffres, il y a un vrai plaisir à travailler ensemble. Nous ne sommes pas une grande structure, donc être challengé par un partenaire qui partage le même objectif est extrêmement stimulant. On échange nos best practices en toute transparence et c’est très rafraîchissant.
Mathieu Audet : L’idée est de créer un acteur d’envergure nationale, voire européenne, français. C’est important sur un marché encore largement dominé par des acteurs néerlandais, portugais ou espagnols. Je crois que nous avons la capacité, avec beaucoup d’huile de coude et un peu de temps, d’aller concurrencer ces grands acteurs, tout en restant fidèles à notre ADN de multi-spécialiste.




